« “L’Appel du dictateur” n’est pas qu’une simple histoire de conversation téléphonique ; c’est avant tout le récit du destin d’un artiste sous une dictature, mais aussi de la frontière ténue entre courage et prudence, vérité et survie », peut-on lire à propos de l’édition serbe de « Quand les dirigeants se querellent », l’œuvre de Kadare décrite comme un roman poignant sur la nature du pouvoir, la peur et la responsabilité de l’artiste. Il s’agit du dernier ouvrage de l’écrivain albanais le plus traduit à paraître en Serbie.
« L’Appel du dictateur », traduction du dernier roman d’Ismail Kadare, « Quand les dirigeants se querellaient », est la nouvelle œuvre publiée en serbe par le grand écrivain albanais. « La maison d’édition de Novi Sad, “Akademska knjiga”, a publié le dernier roman d’Ismail Kadare, “L’Appel du dictateur”, l’un des écrivains les plus importants des XXe et XXIe siècles », rapportent les médias serbes. « Quand les dirigeants se querellaient : À propos du mystère de l’appel téléphonique Staline-Pasternak », paru initialement en albanais en 2018, a été traduit en anglais et publié en 2023 sous le titre « A Dictator Calls ». La traduction serbe, réalisée à partir de l’albanais, est l’œuvre de Danica Avramović.
Dans « L’Appel du Dictateur », un court appel téléphonique, en apparence anodin, devient le symbole de la terreur dans les régimes totalitaires : il s’agit de l’appel de Joseph Staline. En juin 1934, au plus fort des purges politiques, Staline appela Boris Pasternak. La conversation ne dura que quelques minutes, mais elle a fait couler beaucoup d’encre depuis des décennies. Dans son dernier ouvrage, un classique de la littérature européenne, Kadare s’efforce de découvrir ce qui a pu être dit alors à travers treize versions de cet appel. Suivant cette piste, Kadare écrit un roman puissant sur la nature du pouvoir, la peur et la responsabilité de l’artiste, écrit le quotidien belgradois « Politika » à propos de ce roman. Le journal ajoute que, grâce à une analyse précise des documents et à une imagination littéraire remarquable, Kadare « montre comment une brève rencontre peut devenir la métaphore d’un système où chaque mot est dangereux, et où le silence est parfois fatal ».
« L’Appel du dictateur n’est pas qu’une simple histoire de conversation téléphonique ; c’est avant tout le récit du destin d’un artiste sous une dictature, mais aussi de la frontière ténue entre courage et prudence, vérité et survie », peut-on lire en accompagnement de la biographie de Kadare. « Le Général de l’armée morte », « Le Palais des rêves », « Le Pont aux trois arches », « Chronique de pierre », « Le Dîner raté », « La Poupée » figurent parmi les œuvres de Kadare publiées en serbe au fil des ans.
« A Dictator Calls », traduit en anglais par John Hodgson, a fait sensation sur la scène internationale. En 2024, il figurait sur la liste des ouvrages présélectionnés pour le prestigieux prix international Booker. Parmi les 149 livres publiés entre le 1er mai de l'année précédente et le 30 avril 2024, treize ont été retenus grâce à l'appréciation du jury composé de la journaliste Eleanor Wachtel, de la poétesse Natalie Diaz, du romancier de renommée internationale Romesh Gunesekera, de l'artiste plasticien William Kentridge et de l'écrivain, éditeur et traducteur Aaron Robertson. « Le jury a salué la manière dont “A Dictator Calls” explore “la tension entre les politiciens autoritaires et les artistes” et l'a décrit comme “une quête de la vérité ultime là où elle est introuvable”. Si Kadare remportait le prix, il deviendrait le premier écrivain à le remporter deux fois », écrivait The Guardian à l'époque. Kadare avait déjà reçu le prix Man Booker International en 2005, en reconnaissance de son œuvre littéraire. Il est également précisé que « Un dictateur appelle », outre son statut de roman, se présente comme une enquête sur un événement historique réel. « Mêlant souvenirs personnels et réflexions sur la nature de l’oppression par le pouvoir, Kadare explore un épisode bref mais significatif de l’histoire russe du XXe siècle : l’appel téléphonique entre Staline et Boris Pasternak », indique le texte.
Bien qu'il n'ait pas reçu le prix littéraire majeur pour la deuxième fois – après que l'écrivaine allemande Jenny Erpenbeck l'eut remporté pour son roman « Kairos », traduit par Michael Hofmann –, même cette œuvre de Kadare n'a pas échappé à la critique internationale. On peut notamment citer la critique parue dans la « Los Angeles Review of Books » en 2023.
À la fin de sa vie, Kadare a écrit « Quand les dirigeants se querellent » (publié en anglais sous le titre « A Dictator Calls »), un nouveau roman qui revisite son œuvre antérieure et son passé. Bien qu'il ne s'agisse pas d'une suite à proprement parler, ce dernier ouvrage s'inscrit dans la continuité de son précédent roman, « Le Crépuscule des dieux des steppes » (1978), inspiré de son séjour à Moscou de 1958 à 1960. Ce nouveau livre, dans l'extraordinaire traduction anglaise de John Hodgson, aborde également l'héritage de Kadare et celui de ceux qui sont contraints de travailler dans l'ombre d'un système politique qui cherche à les réduire au silence et à décider de leur sort. « Quand les dirigeants se querellent… » recèle des moments véritablement brillants, mais il lui manque généralement la force et le rythme dramatique soutenus d'autres œuvres de Kadare, telles que « Le Descendant » et « L'Entrave : Requiem pour Linda B. » (2009), comme l'indiquait cette longue critique du roman de Kadare. « “Parce que l’art, contrairement à un tyran, n’accepte pas la miséricorde, mais ne fait que la donner”, écrit Kadare dans “Quand les souverains se querellent”, et ces mots puissants englobent non seulement le cours du roman et le couronnement de sa carrière, mais aussi le but, tel qu’il le conçoit, de l’art en général », pouvait-on lire à propos de cette œuvre du génie littéraire albanais traduite dans plus de 40 langues, décédé le 1er juillet 2024.