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Colonne

Séisme en Hongrie

La destitution de l'autocrate hongrois démontre que la démocratie ne peut survivre qu'avec des citoyens actifs. La défaite d'Orbán est également un coup dur pour ses alliés des Balkans.

1.

C'était inattendu, mais c'est arrivé. Après seize ans au pouvoir, les électeurs hongrois ont destitué le Premier ministre Viktor Orbán. Il a été sanctionné pour corruption, mauvaise gestion et atteinte massive aux institutions de l'État. La plupart des Hongrois étaient exaspérés par la « bataille culturelle » d'Orbán et sa position pro-russe. Péter Magyar (Moxhar), vainqueur des élections, devrait devenir Premier ministre le 9 mai, Journée de l'Europe. La défaite spectaculaire d'Orbán et la victoire éclatante de Moxhar démontrent une chose : la démocratie ne peut survivre qu'avec des citoyens actifs. La défaite d'Orbán est également un coup dur pour ses alliés des Balkans. Nul n'a caché sa tristesse de voir quitter la scène politique un homme qui partageait la même vision du monde que les dirigeants balkaniques : clamer haut et fort son populisme et piller les ressources publiques au nom de la « bonne gouvernance ».

2.

Alors que Viktor Orbán ignorait les journalistes et déroulait le tapis rouge pour ses propagandistes, Péter Magyar tenait une conférence de presse de trois heures le lendemain de sa victoire. Il y aborda de nombreux sujets, notamment l'acceptation par Orbán de certains réfugiés bénéficiant d'un statut particulier. Lors de son intervention, Magyar fit également preuve d'humour. Il exhorta les deux anciens ministres polonais et l'ancien Premier ministre macédonien Nikola Gruevski à quitter la Hongrie au plus vite. Tous trois ont obtenu l'asile en Hongrie, alors qu'ils sont poursuivis par la justice de leurs pays respectifs pour diverses infractions. Péter Magyar déclara : « Je pense qu'ils feraient mieux de ne pas acheter de meubles chez IKEA, car ils ne resteront pas longtemps ici. » L'évasion de Gruevski en 2018 fut spectaculaire. Il quitta secrètement la Macédoine du Nord pour l'Albanie. À Tirana, Gruevski, condamné à une peine de prison par un tribunal macédonien, l'attendait dans une voiture immatriculée au registre diplomatique hongrois. Le véhicule appartenait à l'ambassade de Hongrie à Tirana. Parti de Tirana, sous le regard (probablement fermé) des autorités albanaises, Gruevski s'est rendu au Monténégro, d'où il a franchi la frontière serbe, puis gagné la Hongrie. Aucun policier des frontières, douanier ou agent des services secrets n'a été retrouvé vivant. L'évasion de Gruevski a également mis au jour l'alliance criminelle des autocrates des Balkans, en collaboration avec Viktor Orbán. Gruevski aurait appris quelques mots de hongrois, mais il est fort probable qu'il soit désormais contraint de retourner en Macédoine du Nord sans avoir maîtrisé cette langue complexe.

3.

Au lendemain de sa victoire électorale, le nouveau Premier ministre hongrois, Péter Magyar, est parvenu à déstabiliser le président serbe Aleksandar Vučić en une seule phrase. Orbán a déclaré qu'il serait heureux de rencontrer les dirigeants serbes, mais « je sais quels liens existent » entre Vučić et Viktor Orbán.

Ce qui a fait sortir Vučić de ses gonds, c'est l'accusation de Magyar selon laquelle les grandes amitiés d'Orbán avec Vučić et le Premier ministre slovaque Robert Fico seraient en réalité le fruit d'un parrain. (Magyar n'a cité aucun nom, mais on peut supposer qu'il s'agit de Vladimir Poutine.) Vučić, qui s'emporte facilement, a réagi sur-le-champ : « Allez, répondez ! Puisque je sais qui est le parrain, dites-moi ! Il n'y a aucun lien. C'est juste une façon détournée de dire les choses, sans tout révéler, pour que les gens pensent que c'est Poutine ou quelqu'un d'autre. »
La réponse de Vučić est, malgré elle, révélatrice : quand on a mal aux dents, on parle. Bien sûr, la Russie de Poutine s’efforce depuis des années de créer une alliance d’autocrates en Europe de l’Est, qui saboteraient l’UE de l’intérieur (Hongrie et Slovaquie) et l’affaibliraient en devenant des centres d’influence russe (comme la Serbie). De fait, ces États agissent déjà ainsi en servant Poutine et en déstabilisant l’Europe.

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Des soupçons persistent quant à une possible attaque contre le gazoduc alimentant la Serbie et la Hongrie en gaz russe, orchestrée dans le nord de la Serbie peu avant les élections hongroises, et afin de soutenir la candidature d'Orbán. Les deux camps ont annoncé avec emphase qu'une attaque avait été déjouée. Orbán aurait déployé l'armée pour protéger le gazoduc en territoire hongrois, et aurait diffusé des photos de guerre le présentant comme le défenseur des intérêts hongrois. En filigrane, l'Ukraine a été accusée d'être à l'origine de cette attaque présumée.

Le parti Tisza de Péter Magyar a qualifié l'information concernant l'« attaque » contre le gazoduc de manœuvre trompeuse d'Orbán. Magyar a averti que le Parlement hongrois enquêterait sur les circonstances de cette « attaque ». Vučić a réagi avec irritation, déclarant que « ce n'est pas le pays de Magyar et qu'il n'a aucune autorité pour mener des enquêtes en Serbie ».

Le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) a écrit qu'après la victoire de Moxhari, le réseau d'Orbán dans les Balkans touche à sa fin. Le journal cite le président serbe Vučić, le leader séparatiste serbe de Bosnie Milorad Dodik et le Premier ministre macédonien Hristijan Mickoski comme les principaux alliés d'Orbán dans la région. En septembre 2024, toujours selon la FAZ, Orbán aurait promis à Mickoski un prêt de 500 millions d'euros. Des hommes d'affaires proches d'Orbán ont également racheté plusieurs médias en Macédoine du Nord, comme la chaîne de télévision Alfa. Ces médias, écrit le quotidien allemand, diffusent régulièrement des informations conformes aux intérêts de Mickoski et d'Orbán.