Concernant la conférence donnée par Qosje à Tirana en 1974 et ses positions sur la périodisation de la littérature albanaise, les universitaires tiranaises la prennent très au sérieux, et semblent même embarrassées. Un rapport des archives de l'État albanais contient d'ailleurs la phrase : « Il a très bien parlé, Rexhepi ferait mieux de se calmer. » Par ailleurs, la publication de « Morphologie d'une campagne » a suscité de nombreuses réactions. « La publication de cet ouvrage par ses auteurs est perçue comme une attaque virulente contre le professeur Qosje. De plus, ils soulignent que “la publication d'un ouvrage de cette nature, truffé d'insultes et de banalités, sans aucune valeur sociale, sans problème ni question de principe, n'a rien d'extraordinaire en Yougoslavie” », peut-on lire dans les rapports.
En 1973, le nom du professeur Rexhep Qosja apparaît dans les archives de l'État albanais. Il y est fait mention du séjour d'Ali Hadri en Albanie et de son intérêt, lors de son passage à Tirana, pour un article d'Ismail Kadare, paru dans « Zëri i popullit », où Rexhep Qosja était indirectement critiqué. Ali Hadri s'opposait d'ailleurs aux critiques acerbes formulées par Qosja à l'encontre d'Ismail Kadare. Toujours en 1973, le nom du professeur Qosja figure dans des rapports relatifs à des collaborations de recherche entre des chercheurs de Tirana et de Pristina, venus mener des expéditions linguistiques et folkloriques au Kosovo. Le professeur Qosja y rencontre le chercheur de Tirana, alors directeur de l'Institut albanologique.
Année 1974 : Tirana embarrassée par la conférence
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Lettre au lecteur — Pourquoi nous sollicitons votre soutien ContribuerEn 1974, on retrouve la figure de Rexhep Qosja dans le rapport du chercheur Bahri Beci. Cette année-là, le professeur Qosja séjournait à Tirana avec son épouse Shpresa, pour des recherches et en tant qu'invité de l'Université de Tirana. Il y donnait une conférence intitulée : « Quelques questions relatives à la périodisation de la littérature albanaise », en présence de chercheurs et de professeurs de lettres de l'Université d'État de Tirana. Le professeur Qosja y portait un jugement élogieux sur l'œuvre des écrivains albanais, affirmant qu'ils étaient « très appréciés », qu'ils étaient, selon lui, travailleurs et qu'ils écrivaient bien. Il soulignait notamment les efforts constants déployés par les écrivains J. Xoxa et I. Kadare pour élever leur niveau général.
Le professeur et son épouse se sont dits ravis de l'accueil reçu à Tirana et n'ont pas hésité à le faire savoir : « L'accueil a été excellent et ils ont regretté de ne pouvoir nous réserver le même accueil à Pristina. Ils ont notamment souligné que la cuisine de l'hôtel Dajti était meilleure que celle de l'hôtel Bozhurt et que la réception était très bien organisée », pouvait-on lire dans le compte rendu.
Concernant la conférence qu'il a donnée, l'auteur du rapport indique que « sa conférence, comme le précise également le rapport spécial qui lui a été consacré, a suscité de nombreux débats en raison de ses idées fondamentales qui, à notre avis, ne répondaient pas aux critères de l'analyse de classe et se caractérisaient par une tentative d'estomper les frontières entre la littérature du réalisme socialiste et la littérature d'avant la libération, ainsi qu'entre notre littérature et la littérature kosovar. Il a déjà exprimé partiellement ces idées dans des articles qu'il a publiés et lors de nos entretiens. De manière générale, il considère que les critères formalistes et sociologiques sont préjudiciables à la littérature. Pour lui, l'analyse de classe ne peut expliquer les phénomènes littéraires complexes, qui possèdent leur propre spécificité et ne peuvent être appréhendés qu'en partant de celle-ci », précise notamment ce rapport. Il convient de souligner que, concernant cette conférence et les positions du professeur Qosja sur la périodisation de la littérature albanaise, les chercheurs de Tirana la prennent très au sérieux, et semblent même embarrassés. En effet, sur ce même sujet – la périodisation de la littérature albanaise abordée par le professeur Qosja –, trois documents, sous forme de rapports et d'informations, sont transmis dans certains cas. Ces documents proviennent de Bahri Beci, Nuri Çaushi et Bujar Hoxha. Les documents des deux premiers sont datés de la même année, tandis que celui de Bujar Hoxha est postérieur de deux jours. Ceci témoigne de l'inquiétude suscitée par la conférence et les positions du professeur Qosja sur ce point. Nos recherches ont également révélé que d'autres chercheurs de Pristina avaient donné des conférences à Tirana, et que leurs comptes rendus étaient envoyés quelques jours plus tard. Or, la transmission de trois rapports et informations concernant une même personne et une même conférence en l'espace de deux jours est un cas unique au professeur Qosja. Concernant les positions exprimées par le professeur Qosje sur la périodisation de la littérature albanaise, les chercheurs de Tirana consulteront également plusieurs autres chercheurs du Kosovo, de passage à Tirana. À ce sujet, selon un compte rendu, le professeur Ali Hadri aurait déclaré que « Rexhepi avait tort ». « Excellent travail, Rexhepi ferait mieux de se montrer plus humble », aurait-il ajouté. Il a salué les échanges entre les honorables Aleks Buda, Jorgo Bulo et Koço Bihiku, comme il l'a notamment écrit dans ce compte rendu. Par ailleurs, le professeur Isak Shema a également exprimé un avis sur cette question, avis également mentionné dans le compte rendu par le chercheur Thanas Gjika.
« Lors d’une conversation que j’ai eue avec lui au sujet de son opinion sur la périodisation de la littérature albanaise », indique le rapport, « il a pleinement soutenu la périodisation établie pour nos textes et a rejeté celle du Dr Rexhep Qosja, la jugeant formaliste. I. Shema est un fin connaisseur de notre littérature réaliste socialiste, ce qui lui a permis de percevoir clairement le tournant qu’a pris notre littérature dans les premières années suivant la libération, la considérant comme appartenant à une étape fondamentalement nouvelle. »
Concernant les opinions exprimées par les chercheurs Hadri et Shema au sujet de Rexhep Qosje, il convient de souligner que ces deux chercheurs ont apporté des contributions écrites précieuses dans leurs domaines respectifs. Cependant, Ali Hadri était historien et non spécialiste de littérature ; son avis sur ce point ne saurait donc être pris pour acquis. Quant à Isak Shema, spécialiste de littérature à l'époque où il s'est exprimé, il n'est pas connu pour avoir publié de monographie sur la littérature albanaise. L'essentiel de ses écrits date du début des années 90 et des années suivantes. Par conséquent, les déclarations des professeurs Hadri et Shema concernant la conférence de Rexhep Qosje relèvent davantage d'une volonté de préserver la réputation de leurs collègues de Tirana que d'une analyse professionnelle et argumentée.
Bien que la conférence du professeur Qosja ait suscité un vif intérêt à Tirana, elle n'a peut-être pas répondu aux attentes des intellectuels de la ville. Le professeur Qosja n'en fait aucune mention dans son journal publié. D'après les documents, la conférence a eu lieu en juin 1974, et les comptes rendus ont été envoyés durant ce mois. Pourtant, le professeur Qosja ne consigne aucun événement de ce type dans son journal pour ce mois-là. Ce dernier contient des notes jusqu'en mai, puis reprend en juillet 1974. Apparemment, le professeur, pour cet événement, comme pour plusieurs autres survenus dans la vie culturelle et politique de Tirana au fil des ans, a exprimé son opinion par des déclarations, au moment et à l'endroit opportuns, et n'a pas souhaité s'étendre davantage sur le sujet dans son journal. Peut-être, pour certains événements où son nom est mentionné, a-t-il préféré laisser le soin à d'autres de s'exprimer.

Opposition à la « littérature du Kosovo »
De 1976 à 1980, les documents consultés font apparaître le nom du professeur Qosja comme hôte de délégations de chercheurs, d'écrivains et d'artistes de Tirana. En 1980, à Tirana, les professeurs, accompagnés de leurs épouses, Idriz Ajeti, président de l'Académie des sciences et des arts du Kosovo, Rexhep Qosja, directeur de l'Institut albanologique, et Ali Hadri, directeur de l'Institut d'histoire, effectuèrent une visite officielle. La délégation kosovare fut très bien accueillie par les responsables des institutions scientifiques de Tirana. Durant son séjour en Albanie, Rexhep Qosja donna, dans les locaux de l'Académie des sciences d'Albanie, une conférence intitulée « Le caractère historique de la rime », qui rencontra un vif succès auprès du public. Le professeur Qosja avait soulevé comme source de préoccupation « un problème majeur de leur vie là-bas, celui de la campagne de dénigrement que, selon lui, certaines forces développent depuis quelque temps contre lui et d'autres personnalités de la culture et de la science au Kosovo ».
Dans cette conversation, Rexhep Qosja, selon les auteurs du rapport, réaffirme « la revendication constante des intellectuels kosovars : il est temps pour nous, en Albanie, d'étudier la littérature des Albanais de Yougoslavie, de l'intégrer à nos études et à nos textes, et de l'évaluer en tenant compte de ses qualités et de ses défauts ». Il juge totalement insuffisante la simple publication de l'œuvre d'un auteur kosovar. Par ailleurs, il estime que l'emploi du terme « littérature kosovare » est inexact, car, selon lui, une littérature devrait être qualifiée de nationale et non de régionale ou administrative.
Affrontements après « Morphologie d'une campagne »
En 1980, le professeur Kristaq Prifti a envoyé à Ramiz Alija un document d'étude accompagné du message suivant : « Camarade Ramiz, je vous apporte l'étude « Réflexions sur la littérature et la critique albanaises au Kosovo, en Macédoine et au Monténégro », ainsi que des informations plus complètes sur le dernier ouvrage de R. Qosja, « Morphologie d'une campagne », compilé à notre demande », écrivait-il dans cette lettre.
Le document intitulé « Réflexions sur la littérature et la critique albanaises au Kosovo, en Macédoine et au Monténégro » a été préparé par les chercheurs Nasho Jorgaqi, Dalan Shapllo et Jorgo Bulo. Rexhep Qosja y est mentionné à propos des romanciers albanais en Yougoslavie et de la critique littéraire. Dans les deux cas, la figure du professeur Qosja est saluée. Par ailleurs, un document consacré à l'ouvrage « Morphologie d'une campagne » a également été rédigé par les chercheurs Nasho Jorgaqi et Jorgo Bulo. Comme on le sait, la publication de ce livre a suscité une vive controverse au Kosovo. L'un des premiers à réagir fut le professeur Fehmi Agani, dans un article suivi de deux suites. Il qualifie cet ouvrage de pamphlet « publié et vendu rapidement, et lu avec plaisir, comme l'auteur l'avait prévu », écrit-il notamment dans cette publication. Alors que le professeur Agani conclut son article par ces mots : « L’objet de cette critique n’était pas ce qui aurait pu être l’œuvre et le résultat précieux de RQ. L’objet de cette critique est son échec et son pamphletisme », écrit Fehmi Agani. Face à cette réaction, le professeur Qosja, dans son Journal publié, exprime sa surprise, car il ne s’attendait pas à ce que cet homme réagisse ainsi, à ce qu’il se montre aussi virulent. Selon lui, Fehmi Agani n’avait aucune raison de réagir, puisqu’il est de notoriété publique qu’« il n’était ni un protagoniste, ni même un personnage d’une importance capitale dans ce livre », écrit Rexhep Qosja.
La publication de cet ouvrage par ses auteurs est perçue comme une provocation par le professeur Qosje. De plus, ils soulignent que « la publication d'un ouvrage de cette nature, truffé d'insultes et de banalités, dépourvu de toute valeur sociale et de toute réflexion de principe, n'a rien d'extraordinaire en Yougoslavie. De tels écrits et scandales sont monnaie courante dans la vie culturelle et artistique du pays, qu'il s'agisse de polémiques dans la presse ou de la publication d'ouvrages spécialisés. Ils qualifient cela de forme de littérature, au point que R. Qosja prétend y apporter une contribution en créant un nouveau genre littéraire. Divers intellectuels kosovars, de passage dans notre pays ou accompagnés d'amis s'y rendant, ont tenté, de temps à autre et indirectement, de sonder notre opinion sur ces différends. La publication du livre de R. Qosja ne fera qu'exacerber la polémique ; il est donc important, selon eux, d'informer nos amis qui seront amenés à entrer en contact avec eux de notre position », écrivent les professeurs Jorgaqi et Bulo. Concernant le mécontentement exprimé à Tirana au sujet de cet ouvrage, le professeur Qosja a indiqué que certaines de ces critiques lui avaient été rapportées verbalement par le chercheur Sefedin Fetiu. À ce sujet, il écrit : « Le nombre de calomnies absurdes propagées à Tirana par des membres de notre milieu culturel est considérable. »
Par ailleurs, concernant les positions du professeur Jorgo Bulo, telles qu'exprimées dans le rapport mentionné précédemment, le professeur Qosja fait également part du mécontentement de son collègue et ami dans son journal. Ce mécontentement, le professeur Bulo l'avait exprimé au professeur Qosja lors d'un séjour à Pristina. « Ses remarques concernant "Morphologie d'une campagne" portaient notamment sur : premièrement, certaines expressions que les puritains qualifieraient d'inconvenantes, comme le mot "bythec" utilisé pour désigner l'un des personnages du livre ; deuxièmement, sur la date de publication », écrit le professeur Qosja.
À suivre dans le prochain numéro du supplément culturel. Les notes de bas de page ont été supprimées par le comité de rédaction. Le titre et les sous-titres sont ceux du comité de rédaction.
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