Si une analyse ad hoc du point de vue de la sociologie organisationnelle (Weber, Crozier) était nécessaire pour le gouvernement Kurti 3, il pourrait sans aucun doute être qualifié de structure institutionnaliste conçue à des fins pluralistes formelles, avec des impressions et des nuances stratégiquement centralistes, puis avec des ambitions, des buts et des motivations idéologiques complètement de gauche qui appartiennent à un spectre plus modéré, ainsi que de structure qui est encore dans le processus d'auto-recherche pour installer un projet identifié politiquement comme la «Troisième République» du Kosovo.
Mais en quoi consiste précisément ce projet qui émerge conjointement avec le VV, ou avec son créateur, inspirateur et orateur, Albin Kurti ? Si nous nous efforçons d’abord de justifier chacun des objectifs formels susmentionnés, nous comprendrons bien mieux les motivations et les engagements du VV et d’Albin Kurti quant à l’avenir du Kosovo. Cette méthodologie nous permettra également de saisir les paramètres de la compatibilité de cette projection avec les processus et l’évolution de la dynamique d’une crise qui nous touche tous, mais aussi le monde entier.
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Lettre au lecteur — Pourquoi nous sollicitons votre soutien ContribuerVoyons cela tour à tour, car toutes ces références sociologiques sont, d'une certaine manière, des formules qui décrivent la reconfiguration même des États et des pays qui sont encore sous l'emprise de la « fièvre de la transition ».
S’agissant des objectifs pluralistes formels, notre allusion vise à conceptualiser, de manière plus ou moins illustrative, la construction mégalomaniaque des ministères, ainsi que la répartition des compétences et l’engagement qui devraient avoir lieu dans le cadre de ce processus politique. Vu sous cet angle, ce processus, depuis la nomination jusqu’à la prise de fonctions effective, donne une impression de diversité et de décentralisation. Mais il reste à voir si cet objectif et cette ambition du gouvernement Kurti 3 se concrétiseront dans les faits, lorsque l’« activation » effective des énergies d’engagement débutera, où la transparence, la redevabilité et la responsabilité devraient, à mon sens, constituer les critères de réussite (ou d’échec).
Pour mieux comprendre la proposition gouvernementale présentée à l'Assemblée, il convient d'examiner la typologie retenue concernant les modalités et les alternatives de prise de décisions d'envergure pour l'État et le pays. En effet, l'expérience de tous les gouvernements d'après-guerre nous a montré que les agendas stratégiques du pays étaient presque toujours dictés par le cabinet du Premier ministre, les ministères et départements concernés n'agissant jamais de manière autonome, mais se contentant d'exécuter aveuglément les directives du vainqueur des élections. De ce fait, tous les investissements de développement du Kosovo étaient nécessairement soumis à un contrôle politique centralisé.
En termes wébériens : l’État et le pays n’étaient pas dirigés, ou, pour employer un euphémisme, gérés par une « rationalité bureaucratique formelle », mais principalement par une autorité charismatique. Il convient ici de rappeler les mandats des « commandants » de l’après-guerre, ainsi que ceux des « pacifistes ».
Un autre élément qui caractérise la structure organisationnelle du gouvernement Kurti 3 est sa motivation idéologique, fondée sur des priorités modérées. Les ministères ne doivent pas apparaître comme de simples services techniques ou administratifs, mais comme de véritables offres politiques publiques, où la souveraineté, la justice sociale, la lutte contre la corruption et les réformes de l'État doivent devenir des thèmes centraux du quotidien. D'après ce que nous avons vu à l'Assemblée, il semble que nous n'aurons pas seulement une administration de routine, mais le début d'un engagement envers un nouveau projet politique, que M. Albin Kurti a baptisé « Troisième République ». En sociologie politique, ce projet désigne un gouvernement qui assume une mission davantage normative que technique.
Le principal défi de ce projet, que nous considérons moins technique que normatif, réside dans les capacités réelles de l'État. Je ne crois pas que l'administration publique actuelle ait la volonté ni la préparation adéquate pour mettre en œuvre l'idée d'une « Troisième République ». La raison est simple : l'administration actuelle du Kosovo, qui compte plus de 93 000 employés, gère l'État avec trois fois moins de ressources, soit environ 30 000 fonctionnaires, contrairement à la Slovénie, pays comparable en termes de géographie et de démographie.
Si le projet politique proposé par le gouvernement Kurti 3 n'est pas aussi clair qu'il le prétend, et compte tenu du fait que les institutions actuelles sont fragiles et surchargées, avec des compétences mixtes, un lourd fardeau politique et un manque évident de culture institutionnelle européenne, alors la question d'une réforme radicale s'avère être une tâche de Sisyphe.
Pour revenir à la question des ministères, il convient de souligner que l'augmentation de la structure étatique à 19 ministères ne doit pas être considérée comme une simple question d'organisation, car le grand nombre de ministères est une caractéristique typique des gouvernements de gauche.
Cette augmentation du nombre de ministères, outre l'ambition de systématiser les alliés de la coalition – qui, dans le cas du VV, sans le charisme d'Albin Kurti, seraient marginalisés sur la scène politique kosovare –, peut également s'interpréter comme une volonté d'étendre la bureaucratie « wébérienne », qui impose généralement un contrôle vertical plus important qu'horizontal. Une telle augmentation crée également un climat de fragmentation des compétences, dont le Premier ministre Kurti peut se servir pour éviter les rivalités internes lors de la constitution d'un corps de personnes déjà, de facto et de jure, les principaux responsables.
Au Kosovo, où l'expérience d'un gouvernement bureaucratique classique, ainsi que la culture de la responsabilité, de la transparence et de l'obligation de rendre des comptes, font encore défaut, il est très difficile d'imposer une gestion politique efficace du pouvoir, sans parler d'une rationalisation institutionnelle. Cela tient aussi au fait que, lorsque l'État est dirigé par des figures charismatiques, il est très difficile de mettre en œuvre le concept wébérien de « bureaucratie », où la transparence et la responsabilité hiérarchique fonctionnent en l'absence d'un centre de décision fort.
Cette situation engendre un paradoxe : formellement, on observe un pluralisme institutionnel, tandis que dans les faits, un centre de pouvoir stratégique exerce une autorité prépondérante. Cette combinaison est caractéristique des modèles dits de « démocratie plébiscitaire » (Weber), où le dirigeant s'appuie directement sur la légitimité électorale, tandis que le cabinet joue un rôle plus opérationnel que politique.
Comme souligné en préambule, ce projet, avec ses doses de l'installation « Troisième République », nous amène à la question à un million de dollars : avons-nous affaire à la production de politiques ou à la production de symboles, que l'opposition a souvent qualifiés de tromperies « optiques » ?
À mon avis, cette question ne peut recevoir de réponse rapide et satisfaisante. Elle ne pourra être confirmée ou infirmée qu'à la fin du mandat du troisième gouvernement Kurti. Dans l'intervalle, je crois que l'opposition ne doit pas se résigner, mais se montrer très efficace et vigilante, au cas où elle envisagerait une compétition (dé)loyale avec le gouvernement le plus puissant de l'après-guerre. Elle doit s'engager pleinement en contrôlant et en dénonçant systématiquement chaque erreur du gouvernement qui porte atteinte à la souveraineté de l'État. Car c'est ce qu'exige la démocratie néolibérale de notre époque.