Au Kosovo, plus de la moitié des femmes (54 %) continuent de subir des violences psychologiques, physiques ou sexuelles, souvent de la part de leurs proches. Ces chiffres, issus de l’Enquête de l’OSCE sur le bien-être et la sécurité des femmes, ne sont pas de simples données abstraites. Ils reflètent des craintes quotidiennes et une confiance brisée, tant au sein de la famille que dans les espaces publics censés garantir la sécurité. Chaque acte de violence mine la confiance dans la justice, les institutions et, plus généralement, dans la promesse de paix.
Mettre fin aux violences faites aux femmes ne se limite pas à l’adoption de bonnes lois ; cela exige du courage, de la résilience et un engagement partagé et constant à traduire les principes en actions et en protections. Depuis plus de vingt ans – et avec une intensité accrue depuis 2019 – la Mission de l’OSCE au Kosovo travaille main dans la main avec les institutions, la société civile et les partenaires internationaux pour bâtir les fondements juridiques et institutionnels nécessaires afin de faire de l’égalité une réalité concrète, et non plus une aspiration constitutionnelle.
De l'engagement au changement constitutionnel
La décision du Kosovo en 2020 d’intégrer la Convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe à sa Constitution a marqué un tournant historique pour les droits des femmes. Cette mesure témoigne d’un effort constant et de longue haleine visant d’abord à lutter contre les violences domestiques, puis à étendre le cadre juridique à l’ensemble des violences faites aux femmes.
La mission de l’OSCE a eu le privilège d’appuyer ce processus dès le début. Nous avons facilité le dialogue au sein du groupe des femmes de l’Assemblée et fourni une expertise juridique et politique afin de garantir que le cadre du Kosovo soit conforme aux normes internationales. L’adoption de la Convention par 93 voix – bénéficiant notamment d’un fort soutien de diverses communautés – a démontré que le Kosovo était prêt à lutter contre les violences sexistes de manière systématique et structurelle.
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Afin de renforcer la réponse dans les secteurs de la justice, de la sécurité et du social, la mission de l'OSCE au Kosovo a présenté un plan législatif détaillé à la commission parlementaire des droits de l'homme et de l'égalité des sexes en 2021. Nous avons participé activement aux auditions publiques, contribué à la stratégie du Kosovo contre la violence à l'égard des femmes et œuvré pour maintenir cette question au premier plan de l'agenda public, malgré l'émergence d'autres priorités politiques.
Nous avons également contribué à mettre en relation les parlementaires kosovars avec leurs homologues régionaux, notamment des députés de Macédoine du Nord, dont l'expérience a démontré que la solidarité et la coopération régionales peuvent accélérer le changement. La lutte contre les violences sexistes n'est pas un défi isolé : c'est une responsabilité partagée à l'échelle régionale et au-delà.
Il est tout aussi important de souligner que le processus d'élaboration a fait appel à une large participation citoyenne. En collaboration avec des organisations de femmes, des communautés minoritaires, des femmes en situation de handicap et d'autres groupes vulnérables, nous avons co-organisé des forums et des ateliers qui ont directement influencé les dispositions de la loi. Leurs contributions ont permis d'enrichir le contenu, mais aussi de renforcer sa légitimité et son appropriation.
Du plaidoyer au droit strict
L’adoption, le 21 septembre 2023, de la loi sur la protection contre la violence domestique, la violence à l’égard des femmes et la violence fondée sur le genre constitue une réussite collective pour le Kosovo. Cette loi oblige les institutions à répondre à toutes les formes de violence fondée sur le genre, à les prendre en charge et à poursuivre leurs auteurs, en développant les services destinés aux victimes et en créant des programmes structurés pour les auteurs de ces violences.
Et pourtant, la loi seule ne change pas les vies – c’est son application qui le fait.
Suite à notre assistance technique lors de la phase de rédaction, comprenant des analyses juridiques comparatives et des évaluations de conformité à la Convention d'Istanbul, la Mission de l'OSCE aide désormais les institutions à mettre en œuvre la loi. En partenariat avec le ministère de la Justice, nous avons soutenu l'établissement de normes minimales pour le fonctionnement des mécanismes municipaux de coordination contre la violence domestique – désormais une obligation légale – et nous avons rédigé des lignes directrices pour leur efficacité, afin de renforcer l'action en matière de protection des victimes au niveau municipal.
Ensemble, nous avançons également dans la création de la première ligne SOS au Kosovo, soutenons la mise en place du Secrétariat contre la violence faite aux femmes et concevons des programmes de renforcement des capacités pour la police, les procureurs, les professionnels de la santé et les travailleurs sociaux. Rapport de suivi des procès pour violence domestique pour 2024 Notre mission offre un aperçu détaillé et fondé sur des preuves de la manière dont la justice est rendue – un outil de responsabilisation des institutions et une voix pour les survivants qui, souvent, ne sont pas entendus.
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Le changement qui nous attend : de l'engagement à la protection au quotidien
Des progrès considérables ont été accomplis, mais le véritable défi reste à relever : garantir l’application systématique de chaque disposition de la loi, dans chaque municipalité, chaque jour. La violence à l’égard des femmes ne saurait se limiter aux 16 jours d’activisme ; elle doit demeurer une priorité institutionnelle et sociétale tout au long de l’année. Elle doit être l’engagement de tout le Kosovo.
Les institutions, les communautés et les individus ont un rôle essentiel à jouer. Mettre fin à la violence exige de s'attaquer aux inégalités de genre profondément ancrées et de veiller à ce que les jeunes grandissent en s'appuyant sur des modèles de respect, d'égalité et de confiance. Cela implique une tolérance zéro face à la banalisation de la violence sous toutes ses formes, que ce soit dans la sphère privée ou publique.
Je suis convaincu que le Kosovo possède le leadership, l'expertise et la détermination nécessaires pour relever ce défi. La mission de l'OSCE restera un partenaire engagé, travaillant de concert avec les institutions et la société civile afin de traduire les engagements juridiques en une protection réelle et durable.
Après des années d'efforts collectifs, une chose est claire : mettre fin à la violence à l'égard des femmes exige des lois fortes, certes, mais aussi une volonté politique soutenue, une responsabilité institutionnelle et un partenariat sincère.
La promesse démocratique du Kosovo ne doit pas se mesurer uniquement aux réformes et aux stratégies, mais aussi à la sécurité et à la dignité de chaque femme et de chaque fille. Car tant qu’une seule femme au Kosovo vivra dans la peur, sa paix et sa sécurité – votre paix et votre sécurité – resteront incomplètes. Des paroles aux actes. Des actes à la sécurité.
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(L'auteur est chef de la mission de l'OSCE au Kosovo)