« Chaque instant n’est qu’un fragment, réel seulement jusqu’à ce qu’il passe, tandis que le futur n’existe que dans l’anticipation. » « Pour moi, cette compréhension montre à quel point le temps est une construction de notre imagination », explique l'artiste du Kosovo dans une interview accordée au magazine « MQ » du centre culturel « MuseumsQuartier » de Vienne. C'est précisément la notion du temps qu'il examine avec son œuvre « Only Time Will Tell » dans la cour d'honneur de l'institution viennoise.
Bernardo Vortisch
L’artiste kosovar Driton Selmani utilise des œuvres poétiques et humoristiques pour déconstruire notre perception de la réalité. Ce faisant, il n’hésite pas à aborder de grands concepts comme le temps, l’espace, la politique et l’histoire. Son installation lumineuse, intitulée « Only Time Will Tell », peut être visitée dans la cour principale du centre culturel « MuseumsQuartier » de Vienne jusqu'au 21 avril. Le magazine « MQ » s'est entretenu avec l'artiste sur son parcours culturel.
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Lettre au lecteur — Pourquoi nous sollicitons votre soutien ContribuerDriton Selmani est né en 1987 à Ferizaj, au Kosovo. Il vit et travaille actuellement entre Pristina et Doganaj. Il est titulaire d'une maîtrise de l'Université des Arts de Bournemouth au Royaume-Uni. Selmani a participé à de nombreuses expositions personnelles et collectives, notamment celles du Centre d’art contemporain « Stacion », du Musée « Ludwig » de Budapest, du Musée « Kunstraum Niederösterreich » de Vienne, de la Casa São Paulo, de la Biennale Mediterranea 16 d’Ancône, de la Galerie « U10 » de Belgrade, de la 5e Biennale de Marrakech et bien d’autres.
Driton, votre installation « Only Time Will Tell » a été décrite comme un appel à s’engager activement et à contribuer à façonner le présent et l’avenir. Par où commencer ?

Selmani : L’œuvre « Seul le temps nous le dira » examine l’idée selon laquelle le temps n’existe qu’à travers la perception de l’esprit humain. Chaque instant n’est qu’un fragment – réel seulement jusqu’à ce qu’il passe, tandis que l’avenir n’existe que dans l’anticipation. Pour moi, cette compréhension montre comment le temps est une construction de notre imagination. En fin de compte, cela semble plus cyclique que linéaire – un sentiment qui nous encourage à reconsidérer notre relation avec le présent et la façon dont nous façonnons ce qui est à venir.
Vos œuvres traitent souvent de thèmes d’identité et d’appartenance. Quelle part de vous-même y a-t-il dans l’installation « Only Time Will Tell » ?
Selmani : L’installation reflète un lien personnel, mais va également au-delà de l’expérience individuelle pour devenir une « rencontre d’expériences » pour les autres, abordant ainsi des thèmes plus larges d’identité et d’appartenance. Il s’agit d’un monument intime dédié aux histoires personnelles et d’une déclaration délibérée, invitant les spectateurs à réfléchir à leur propre sens du temps, du lieu et à la complexité des contextes politiques et historiques. Ma perspective sur le temps fait écho aux philosophies empiristes de penseurs comme David Hume et George Berkeley, qui soutenaient que notre réalité est filtrée par l’observation individuelle et que ce que nous percevons peut ne correspondre à aucune vérité objective. « Only Time Will Tell » incarne cette incertitude, invitant les spectateurs à affronter les frontières mouvantes entre la mémoire personnelle et l’histoire collective. De cette façon, l’œuvre reflète une partie de moi-même : ma préoccupation pour les limites de la compréhension et la manière dont nous essayons de réconcilier la subjectivité avec l’universel.

Les mots jouent un rôle central dans votre travail. Y a-t-il un poète qui vous inspire ?
Selmani : Je ne dirais pas que je suis poète, mais je suis attiré par l’inconnu, cela m’excite. Je ne crois pas aux poètes, mais je crois à la poésie. Mon utilisation du langage n’a pas pour but d’offrir des descriptions définitives, mais d’enquêter sur le mystère et la complexité qui existent dans les mots et leurs significations. Je fais souvent des recherches sur la période précédant l’alphabet, où entendre était synonyme de foi. L’introduction de l’alphabet phonétique a changé cette dynamique, remplaçant le monde magique de l’oreille par le monde analytique et impartial de l’œil.
Comme l’a écrit William Wordsworth : « L’œil ne peut pas choisir ne pas voir. Nous ne pouvons pas ordonner à l’oreille de se taire. Notre corps ressent, où qu'il soit, contre ou avec notre volonté. Pour moi, la langue est un outil puissant pour provoquer la réflexion, susciter l’émotion et remettre en question les normes sociales. Les mots sont mon principal outil artistique, utilisé dans divers formats et contextes pour impliquer profondément le public. Ils encouragent le réexamen des hypothèses sur le temps et l’expérience, en adoptant des paradoxes qui révèlent le caractère insaisissable de la réalité. En fin de compte, les mots ont le potentiel de recadrer la perception, de susciter la réflexion et même de remettre en question les réalités simulées dans lesquelles nous nous trouvons souvent piégés.

L'une de vos œuvres dit : « J'aimerais que tu sois un sac en plastique pour pouvoir être éternel. » Comment les préoccupations actuelles en matière d’écologie influencent-elles votre art ?
Selmani : Les préoccupations écologiques sont indéniables dans la géographie où je vis. Je n’ai pas choisi le plastique comme support – il est simplement partout. Mais j'observe, j'écoute, je ressens, je me souviens et je questionne, en reconceptualisant cela en comparaison avec l'approche de Peter Handke face aux tragédies et au silence.
En parlant d’éternité : quels aspects de votre travail souhaiteriez-vous voir perdurer dans un futur lointain ? Que devraient en tirer les gens ?
Selmani : Le seul ferment important est l’humour – éternel, profond et durable. La bonne humeur transcende les époques, sans date de péremption. Il désarme, connecte et révèle des vérités qui survivent au-delà des contextes culturels transitoires. Je le recherche, je l’incarne et je le plante comme une graine pour l’avenir – une force silencieuse mais puissante qui façonne la façon dont nous naviguons et interprétons les complexités de l’existence.
Le titre provient de la rédaction de KOHA.