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Le défi du retour de la Lista Srpska au sein du gouvernement local du nord

L'Union européenne salue la participation des Serbes aux élections locales au Kosovo, après avoir critiqué leur éviction des institutions locales et le boycott des élections. Cependant, il reste difficile de déterminer comment et dans quel but la Liste serbe prendra le pouvoir local dans le nord. Les Serbes s'engageront-ils dans l'intégration au Kosovo, défendront-ils leurs intérêts en tant que citoyens du Kosovo ou resteront-ils un instrument de Belgrade pour contester l'État du Kosovo ? Sera-t-il important pour les Serbes du Kosovo de voir leurs droits garantis et protégés au Kosovo ou se réjouiront-ils du retrait de la reconnaissance du Kosovo par le Burundi ?

Les élections locales au Kosovo témoignent d'une grande maturité et d'un sentiment d'émancipation des électeurs. Elles prouvent que personne au Kosovo n'est assuré d'obtenir le vote des citoyens et que les électeurs ne votent pas pour des raisons idéologiques, mais accordent leur voix à ceux qu'ils estiment les mieux représenter leurs intérêts. Les citoyens connaissent mieux les candidats aux élections locales qu'aux élections générales. Cela pourrait peut-être motiver une modification de la loi électorale et la division du Kosovo en plusieurs circonscriptions électorales, plutôt que de faire de l'ensemble du Kosovo une seule unité électorale. Ainsi, les électeurs seraient plus proches des candidats pour lesquels ils votent, et ceux qui siégeraient à l'Assemblée défendraient également les intérêts des citoyens de leur région, et pas seulement ceux de leur parti.

Mais ces élections ont été considérées comme particulièrement importantes par la communauté internationale, notamment l’Union européenne, car elles ont marqué le retour des Serbes au gouvernement local dans le nord du Kosovo.

Depuis plusieurs années, dans quatre municipalités du nord du Kosovo, les maires sont d'origine albanaise, alors même que les Serbes constituent la grande majorité des citoyens de ces municipalités. Cette situation ne résulte pas de la volonté des Albanais de prendre le pouvoir dans ces municipalités, mais plutôt du départ des Serbes des institutions kosovares du nord. Le Kosovo a organisé des élections pour éviter un vide administratif local complet, et les Serbes les ont boycottées. L'UE a critiqué à la fois le départ des Serbes et l'incitation de Belgrade à un tel boycott, mais dans la pratique, elle n'a rien fait pour changer la situation ; elle n'a sanctionné ni Belgrade ni les dirigeants serbes du Kosovo qui ont organisé ce boycott, allant même jusqu'à commettre des actes illégaux, notamment en créant des structures paramilitaires. L'UE a sanctionné le Kosovo, mais n'a pris aucune mesure contre la Serbie.

Aujourd'hui, la participation des Serbes à ces élections marque leur retour aux institutions kosovares. Et quoi qu'ils disent et quels que soient les termes employés, même avec leur participation à ces élections, un pas est franchi vers la reconnaissance de facto de l'indépendance du Kosovo. Les déclarations pathétiques selon lesquelles « l'ingérence de la Serbie dans ces élections ne constitue pas une ingérence extérieure, car le Kosovo-Metohija fait partie de la Serbie » ne changent rien au fait que les élections se déroulent en République du Kosovo, conformément aux lois de la République du Kosovo. Et même l'UE précise que l'accord de dialogue de 2013 stipule que les élections se déroulent dans le cadre des lois du Kosovo. Si le Kosovo faisait partie de la Serbie, ces élections n'auraient même pas lieu.

L'Union européenne salue la participation des Serbes aux élections locales au Kosovo, après avoir critiqué leur éviction des institutions locales et le boycott des élections. Cependant, il reste difficile de déterminer comment et dans quel but la Liste serbe prendra le pouvoir local dans le nord. Les Serbes s'engageront-ils dans l'intégration au Kosovo, défendront-ils leurs intérêts en tant que citoyens du Kosovo, ou continueront-ils d'être un instrument de Belgrade pour contester l'État du Kosovo ?

Sera-t-il important pour les Serbes du Kosovo de voir leurs droits garantis et protégés au Kosovo ou de se réjouir du retrait de la reconnaissance du Kosovo par le Burundi ? Vont-ils s'intégrer au Kosovo, normaliser leurs relations avec leurs compatriotes de nationalité albanaise, ou serviront-ils d'instrument pour « protéger la souveraineté de la Serbie sur le Kosovo ».

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Le retour des Serbes aux administrations locales constituera un défi pour tous les partis politiques du Kosovo, mais aussi pour la communauté internationale. Ce retour aux institutions kosovares ne se limitera pas au transfert des pouvoirs municipaux, ni aux maires ni aux membres des assemblées municipales. Il concernera plus encore le sort des structures municipales, de la sécurité et de la justice. Le retour des policiers d'origine serbe ne sera pas automatique, surtout pas ceux dont il existe des preuves qu'ils ont agi sur ordre de la Serbie ni ceux qui ont participé à des actes de violence dans le nord.

La communauté internationale, et en particulier l'UE, devrait également savoir qu'elle a contribué à l'absence de pluralisme politique parmi les Serbes du Kosovo. L'UE elle-même, et je crois les États-Unis d'Amérique, ont pris en compte et protégé la Liste serbe parce qu'ils voulaient servir le président serbe, Aleksandar Vučić. Il ne suffit pas que l'UE souligne dans tous ses rapports l'absence de pluralisme politique parmi les Serbes du Kosovo et que ceux qui se sont présentés contre la Liste serbe ont fait l'objet d'intimidations et de menaces. Mais au-delà de ces rapports, l'UE n'a pas voulu et ne veut rien faire pour changer cela.

Le processus post-électoral sera un élément crucial pour déterminer l'orientation du dialogue entre le Kosovo et la Serbie, facilité par l'UE. Ce dialogue est précisément centré sur le nord du Kosovo et la création de l'Association des municipalités à majorité serbe, sans tenir compte des autres priorités des parties. C'est pourquoi les élections de dimanche suscitent une telle attention internationale, même si un tel intérêt est inhabituel pour les élections locales.