Pour conserver sa position dominante sur une scène politique peu médiatisée, médiocre et corrompue, le LVV a également évolué : de sa rhétorique et de son style de gouvernance à ses pratiques institutionnelles quotidiennes. Cette transformation a aussi reflété l’évolution de son leadership, d’une approche principalement conflictuelle à un style plus pragmatique.
L’arrivée au pouvoir du mouvement Vetëvendosje en 2020, dix ans après son passage de la rue aux institutions, a été perçue comme une rupture avec les pratiques politiques au Kosovo. Cette alternance au pouvoir, par le biais d’une entité créée en dehors des structures traditionnelles, a représenté non seulement un changement formel, mais s’est également accompagnée d’un nouveau discours sur la gouvernance.
Au cours de ces années, le mouvement Vetëvendosje a non seulement modifié son comportement, mais aussi sa manière d'acquérir un soutien politique. Il est parvenu à se transformer relativement rapidement d'un mouvement d'opposition « rebelle » en une force gouvernementale, en reformulant ses stratégies en fonction du contexte institutionnel. Cette transition a été facilitée par sa direction, longtemps associée à un opposition actif et à la critique des élites politiques, ce qui lui a permis de constituer un capital important qu'il a ensuite converti en soutien électoral.
En ce sens, le succès répété de Vetëvendosje lors de trois autres élections nationales peut être interprété comme le résultat d'un changement de rythme politique.
Contrairement aux périodes précédentes, où les gouvernements du Kosovo étaient le fruit de coalitions et de compromis entre partis, cette phase a également été caractérisée par la tentative de cette entité de se consolider par le biais de relations directes avec le citoyen.
Vetëvendosje n'a pas bâti son soutien sur les figures traditionnelles de l'establishment politique ni sur des alliances avec d'autres partis parlementaires, mais s'est fondu dans la masse des citoyens frustrés et désabusés par près de vingt ans de mauvaise gouvernance. La voix critique des citoyens s'est transformée en plateforme politique, tandis que le discours de son leader a servi de canal pour institutionnaliser ce mécontentement. Vetëvendosje a donné du pouvoir et de la légitimité aux voix désabusées qui n'avaient pas été suffisamment entendues.
aussi L'heure est à l'assemblée constituante : sortir des crises institutionnelles récurrentesPour conserver sa position dominante sur une scène politique peu médiatisée, médiocre et corrompue, le LVV a également évolué : de sa rhétorique et de son style de gouvernance à ses pratiques institutionnelles quotidiennes. Cette transformation a aussi reflété l’évolution de son leadership, d’une approche principalement conflictuelle à un style plus pragmatique.
****
L'incompétence organisationnelle et l'héritage des partis d'opposition (PDK, LDK et AAK) ont joué un rôle déterminant dans la progression du soutien au LVV entre 2010 et les élections du 28 décembre 2025. Ces partis ont été pénalisés par deux décennies de mauvaise gouvernance, de népotisme, de corruption et de liens avec le crime organisé, et, plus récemment, par un manque de volonté de servir l'intérêt de l'État lors de périodes difficiles, notamment pendant la récente impasse institutionnelle qui a duré près d'un an.
Pendant cinq ans, le discours de l'opposition est resté principalement axé sur la critique de la manière dont VV gouverne, sans proposer d'alternative sérieuse.
L'opposition n'a apporté aucun soutien politique et institutionnel aux actions visant à éliminer les structures serbes illégales, n'a pas contesté les mesures punitives de l'UE prises en réponse aux actions menées dans le nord pour rétablir l'ordre public, et n'a pas participé à d'autres initiatives telles que les accords financiers internationaux. Ces initiatives, d'importance nationale plus marquée, ont été, à l'insu de l'opposition, transformées en faveurs pour le pouvoir en place.
Les paradoxes étaient innombrables : par exemple, au lieu que la proposition de contrôler la hausse des prix des produits de première nécessité vienne de l’opposition, c’est le gouvernement qui la proposait. Au lieu que la réforme de la justice émane de l’opposition, c’est le gouvernement qui la réclamait ; au lieu que l’opposition exige la confiscation des biens acquis illégalement, c’est le gouvernement qui l’exigeait ; au lieu que le soutien aux mères, aux étudiants, aux retraités… vienne de l’opposition, les initiatives en leur faveur venaient du gouvernement ; même l’augmentation du salaire minimum était une décision gouvernementale, tout comme les allocations familiales…
Leur opposition et leur « blocage » sous diverses formes, y compris la demande d'interprétation de la Constitution, aussi légitimes fussent-elles, sont apparus destructeurs aux yeux de la majorité du public.
Ce discours a entraîné un affaiblissement du capital politique et de la confiance du public envers les partis d'opposition, tout en créant une marge de manœuvre supplémentaire pour le LVV et l'opportunité de confirmer son large soutien citoyen.
aussi De la stabilocratie à la consolidation du pouvoir personnel : la transformation du jeu politique***
De ses débuts comme force de contestation à son accession au pouvoir, le mouvement Vetëvendosje a démontré que la politique moderne n'est pas seulement un exercice de pouvoir, mais aussi un processus continu d'adaptation et d'auto-transformation. Le cas du mouvement Vetëvendosje illustre également le concept de « changement du changement ». Et face à la conception de « non-changement » prônée par l'opposition, certains affirment à juste titre que seul Kurti peut renverser Kurti.